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L’enquête, son rôle et ses formes, dans la construction de la recherche en sciences sociales
16/06/2015 14:00 | Durée 01:23:31

Intervenants : Gaël Chareyron , ESILV (Ecole Supérieure d’Ingénieurs Léonard de Vinci), Paris-la Défense .   Saskia Cousin , Anthropologue, Université Paris Descartes .   Joëlle Le Marec , Université Paris 7 .   Cédric Terzi , Université de Lille - sciences Humaines et Sociales, EHESS .  

Au coeur des « méthodes » en sciences sociales, « l’enquête » occupe une place singulière en ce qu’elle en accompagne l’essor au XIXe siècle et fonde un régime de savoir (Foucault, 1974, Ginzburg, 1979 Kalifa,2010) organisé autour de la résolution de problèmes à résoudre posés par le monde social. Mettre en débat la place de l’enquête et de ses modalités contemporaines nous semble important pour saisir les enjeux qui traversent les sciences sociales. Par ailleurs le régime de l’enquête est aujourd’hui revendiqué par de nombreux chercheurs qui tentent d’en refonder les principes dans notre monde contemporain (Cefai, 2010, Latour, 2012). L’une des transformations les plus significative qui semblerait marquer notre « culture » contemporaine de l’enquête[I] résulte de l’interdisciplinarité à l’œuvre entre sciences sociales, informatique et sciences de la nature. L’émergence des pratiques de « fouilles » et « d’aspirations » de « données », les pratiques d’organisation de ces données en base nécessaires aux analyses quantitatives interrogent sur notre capacité de conversion des expériences sociales dans des mondes institués en vastes corpus et oblige à reprendre à nouveau frais les questions relatives à la décontextualisation des données de l’enquête et à la standardisation de ses modalités. Ces pratiques produisent elles de véritables hybridations ouvrant sur de nouveaux registres d’analyse et de formes nouvelles de résolution des problèmes ? Au-delà, la définition même des « problèmes » et « des énigmes » relevant de chaque champ disciplinaire est également en mouvement. L’émergence du paradigme de l’anthropocène en est un exemple. L’émergence des sciences participatives qui permettent à des amateurs de participer aux enquêtes en partageant leurs observations sont également des pratiques qui obligent à repenser la maîtrise du chercheur sur ses données, les procédures à déployer pour vérifier et encadrer la validité des informations, mais nécessite également une réflexion sur le type de problèmes que les participants souhaitent contribuer à résoudre. Loin d’être réductibles à une série de techniques de prélèvement et d’interprétation de « données », les méthodes d’enquêtes impliquent des formes d’engagement des chercheurs dans leurs terrains. (Cefaï. dir 2010), obligent à penser de manière réflexive les pratiques communicationnelles liées à la recherche et à ce qu’elles « tissent» (Le Marec). Quelles traces laissent nos enquêtes dans les mondes sociaux dans lesquels nous nous engageons le temps de notre travail ? Serait-il possible de saisir et considérer une part de l’activité scientifique des chercheurs, une part de leur activité sociale, à partir de ces traces ? Que faire de la connaissance partagée lors de l’enquête notamment celle qui n’est pas utilisée dans les productions académiques ?