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Bâtiment, confort et usages de l’habitat
28/01/2015 13:00 | Durée 01:48:46

Intervenants : Philippe Deboudt , Géographe, Université de Lille 1 .   Isabelle Roussel ,  Professeure émérite, APPA .   Juliette Senechal , Maître de conférences HDR, CRDP Équipe René Demogue, Université de Lille, Droit et Santé .   Nicoletta Trasi , Maître de conférences et Directrice du LACA (Laboratorio di Architettura e Controllo Ambientale, La Sapienza – Università di Roma .   Antonella Tufano , Maître assistant, Gerphau-LAVUE UMR 7218 CNRS, Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris La Villette .   Marie-Christine Zélem , Professeure des universités, UMR 5044 CERTOP, Université Toulouse II Jean Jaurès .  

Le confort thermique au cœur de la rénovation des logements : norme ou stratégie d’adaptation ? Par Isabelle ROUSSEL La longueur de l’hiver 2013 et la hausse des prix de l’énergie, tels sont les deux facteurs qui se sont conjugués pour alourdir la facture énergétique des ménages. Ceux-ci se trouvent devant deux alternatives, soit entreprendre des travaux pour améliorer l’isolation ou le chauffage de leur maison, soit dégrader leur confort thermique. Pour mieux comprendre les raisons de ces choix stratégiques des familles, la fédération des PACT et l’APPA ont entrepris une étude sur le confort thermique évalué et ressenti dans une cinquantaine de foyers répartis dans trois départements sélectionnés : la Seine et Marne, l’Ille-et-Vilaine et le Var, choisis pour situer les attitudes étudiées dans différentes zones climatiques identifiées par la réglementation thermique. En mettant l’accent sur la température, la méthodologie utilisée pouvait être à la fois quantitative avec des mesures thermiques (température radiative dans le salon, température des parois, humidité relative) voire même des tests sur des indices de confort (K.Blazejczyk,2010) et qualitative puisque les notions de confort thermique et environnemental relèvent du registre de la subjectivité et des représentations. Les mesures effectuées ont donc été complétées par des entretiens lors de deux visites en été et en hiver puisque les ménages peuvent s’interroger aussi sur l’adaptation aux fortes chaleurs dont la fréquence risque d’augmenter dans les années à venir. La transition énergétique appliquée aux bâtiments : du discours à la mise en œuvre juridique Par Juliette SENECHAL Le bâtiment intelligent, connecté, sobre en énergie, et plus encore producteur d’énergie, est le premier pilier de la troisième révolution industrielle envisagée par J. Rifkin1. Le juriste se doit d’explorer comment les textes juridiques européens et français appréhendent ce socle de la révolution, ou tout au moins de la transition énergétique, en cours. MO.R.E.S. mutant : MObilité et Réabilitation Enérgetique du bâti : Scénarios mutant Par Nicoletta TRASI et Antonella TUFANO La présentation portera sur les objectifs de la recherche MORES MUTANT : d’une part, montrer le potentiel de transformation du bâti dans le cadre de la transition énergétique en s’appuyant sur l’analyse morphologique et typologique transcalaire (bâti-urbain-naturel-mobilité-réseaux) et, d’autre part, proposer des innovations du langage architectural qui soient socialement acceptables. En effet, nous croiserons des éléments physiques avec ceux issus des nouveaux comportements liés à la transition énergétique pour explorer des solutions innovantes. La méthode de recherche est bottom up, ainsi, à partir de deux cas d’étude, on extraira des outils de maîtrise énergétique à plusieurs échelles qui permettront d’étudier la légitimité d’un modèle théorique. Les deux cas d’étude choisis se situent dans la ville existante et sont étudiés à l’échelle du quartier (méso) : l’un, à Rome, dans la ‘città consolidata’, et l’autre, à Paris, dans la ‘ville historique’. A l’apparence, moins flexibles et favorables à recevoir les transformations, ces deux exemples permettent de tester la validité d’un modèle stratégique plus complexe : il ne s’agira pas d’étudier des modèles fixes, mais proposer des solutions qui rendent possible l’équilibrage urbain des énergies. Pour réaliser cette étude et l’inscrire dans une logique prospective, nous nous fondons sur une hypothèse théorique - la thermodynamique urbaine et le rôle de l’individu comme acteur de régulation - et un outil technique innovant, qui permet de construire une maquette paramétrique. L’électrification en sites isolés, une contradiction au regard des enjeux de la Transition Energétique : le cas des territoires Wayanas en Guyane Par Maris-Christine ZÉLEM Dans un objectif de planification et de développement des sites isolés, il est envisagé d’électrifier en 2015 toute la zone du Haut-Maroni, territoire des amérindiens Wayanas en Guyane. Dans cette région, au coeur de la forêt amazonienne, les populations vivent très simplement sur la base d’une économie d’autosubsistance (chasse, pêche, cueillette) et de quelques produits manufacturés. Dans les habitations, on trouve une ou deux ampoules pour assurer l’éclairage, quelques congélateurs pour faire de la glace et prolonger la durée de vie de la viande ou du poisson, quelques rares télévisions et lave-linge, et chez les plus jeunes des appareils électroniques (chaine HIFI, téléphone, ordinateur). Ces appareils fonctionnent 3 à 4 heures par jour grâce à des petits groupes électrogènes. Les populations locales ont développé un mode de gestion de l’énergie (le fioul) tout à fait adapté au contexte des sites isolés. Ils pratiquent une véritable culture de sobriété énergétique. Comme cela s’est produit plus en aval sur le fleuve dès 2007 (Maripasoula, Grand Santi…), l’arrivée de l’électricité dans les 5 écarts d’Elaé, Kayodé, Taluen-Twenké, Antecum Pata et Pidima (d'aval vers l'amont du Maroni) va générer une élévation du taux d’équipement en appareils électriques et inciter à adopter des appareils peu appropriés (climatisation, congélateurs surdimensionnés, fours…). Elle va s’accompagner d’une sédentarisation des populations, ainsi que d’un bouleversement des modes de vie traditionnels (abandon des cultures vivrières notamment, modification des modes alimentaires, mais aussi des modes d’habiter (carbets fermés et vitrés par exemple)…). Surtout, elle va se traduire par des utilisations plus intenses des appareils et des consommations d’énergie bien plus importantes qu’aujourd’hui et, comme cela s’est produit dans les territoires précédemment électrifiés, l’apparition de situations de précarité énergétique pour la majorité des nouveaux « abonnés » (entre 60 et 77 % selon les lieux). La première question posée est donc celle de savoir si, dans un contexte de transition énergétique qui vise à rendre nos sociétés plus économes en énergie, les politiques d’électrification en site isolés sont tenables sans accompagnement vers une culture de maîtrise de la demande ? Une autre question concerne les conditions de résolution du paradoxe dans lequel les territoires électrifiés sont placés : accéder à l’électricité, sous contrainte d’un usage modéré… Enfin, last but not least, la question est bien de savoir pourquoi le « système électricité » (production-distribution-équipements) s’impose de manière structurante engendrant surconsommations et autres effets pervers au lieu de s’appuyer sur les cultures et les besoins des populations.